L’ACM adopte le programme de Speechi

L’ACM (Association for Computing Machinery) vient d’adopter notre programme en ce qui concerne l’enseignement de l’informatique à l’école:

Proposition 1: Maîtriser les principaux concepts avant l’âge de 12 ans.
Proposition 2: Faire de l’informatique en tant que science une matière indépendante enseignée dans le tronc commun (pour moi, ceci est nécessaire dès la 6ème) [La version Speechi: Attaquons-nous à la cause, pas aux symptômes]
Proposition 3: Former massivement les professeurs à la science informatique en tant que matière. [Version Speechi: comment enseigner l'informatique dès la 6ème ?]

Le rapport de l’ACM, qui se lit bien (pas trop long et assez clair – si même les informaticiens se mettent à savoir écrire…).

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Un quart de la planète est connecté au Web, seuls ceux qui savent programmer peuvent agir.

Tim Berners LeeJe vous parle très souvent, depuis quelques années, de l’urgence qu’il y a à inclure l’informatique dans le tronc commun éducatif dès la classe de 6ème en tant que matière fondamentale (au même titre que les maths ou la biologie) pour comprendre notre époque.

Je parle bien de cours de programmation, de génie logiciel, d’algorithmie et d’architecture des ordinateurs, bref, de tout ce que les anglo-saxons recouvrent sous l’appellation “Computer Science” par opposition aux “usages” de l’informatique en cours (les classes informatiques, les tableaux interactifs…) qui ont concentré tous les efforts de l’Education Nationale depuis plus de 30 ans, sans succès.

Vous trouverez ci-dessous deux autres avis intéressants sur le sujet. Le premier est de Berners-Lee (pour faire simple, l’inventeur de l’Internet) qui lui aussi pense qu’il est urgent de réduire ce décalage entre les usages de l’informatique et la connaissance de l’informatique en tant que science et ce dès les plus petites classes“.

Autre avis intéressant, celui de Mitch Resnick, un des dirigeants du MIT Media Lab à l’origine du langage de programmation pour les enfants Scratch, dont je vous ai déjà parlé – voir aussi ici l’exemple de CodeHS en vidéo.

Pour Mitch Resnick: “La plupart des gens voient la programmation comme un simple savoir-faire technique. Il n’en est rien. La capacité à coder, de même que la lecture ou l’écriture, est en train de devenir essentielle pour contribuer de façon pleine et entière à la société d’aujourd’hui, qui résulte de la révolution numérique” (la vidéo, en anglais).

On ne saurait mieux dire. (Et je suis quand même consterné de voir le Ministre de l’Education dépenser l’essentiel de son crédit politique pour une réforme des rythmes scolaires dont on sait déjà, même si j’en pense plutôt du bien, qu’elle n’aura que peu ou pas d’impact. Les vrais leviers pour que nos enfants pèsent dans le monde de demain sont ailleurs).

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Comment ouvrir une noix ?

Noix marteau

“Je vois deux approches extrêmes pour s’y prendre. L’une est celle du marteau et du burin, quand le problème posé est vu comme une grosse noix, dure et lisse, dont il s’agit d’atteindre l’intérieur, la chair nourricière protégée par la coque. Le principe est simple : on pose le tranchant du burin contre la coque, et on tape fort. Au besoin, on recommence en plusieurs endroits différents, jusqu’à ce que la coque se casse – et on est content.

Je pourrais illustrer la deuxième approche, en gardant l’image de la noix qu’il s’agit d’ouvrir. La première parabole qui m’est venue à l’esprit tantôt, c’est qu’on plonge la noix dans un liquide émollient, de l’eau simplement pourquoi pas, de temps en temps on frotte pour qu’elle pénètre mieux, pour le reste on laisse faire le temps. La coque s’assouplit au fil des semaines et des mois – quand le temps est mûr, une pression de la main suffit, la coque s’ouvre comme celle d’un avocat mûr à point ! Ou encore, on laisse mûrir la noix sous le soleil et sous la pluie et peut-être aussi sous les gelées de l’hiver.

Quand le temps est mûr c’est une pousse délicate sortie de la substantifique chair qui aura percé la coque, comme en se jouant – ou pour mieux dire, la coque se sera ouverte d’elle-même, pour lui laisser passage.”

Les lignes ci-dessus sont d’Alexandre Grothendieck, un des plus grands mathématiciens de l’histoire. Et sa parabole me fait penser à l’enseignement de l’informatique en France.

Depuis 30 ans qu’on a identifié nos faiblesses, on s’entête à tenter d’en enseigner les usages plutôt que d’enseigner la matière elle-même.

Les investissements visant à faire utiliser les technologies numériques par les élèves se multiplient (tableaux interactifs, classes numériques) mais, avant le niveau bac, les formations leur permettant de comprendre comment ces technologies sont développées sont presque absentes– je parle de cours de programmation, de génie logiciel, d’algorithmie et d’architecture des ordinateurs, bref, de tout ce que les anglo-saxons recouvrent sous l’appellation “Computer Science”.

L’informatique est devenue la science la plus importante pour résoudre les problèmes cruciaux qui se posent à l’humanité, du développement durable à la faim dans le monde (un exemple, en anglais). Elle est devenue un levier peut être plus important encore que les mathématiques pour toutes les sciences, de la biologie à la physique et sans doute même pour tout ce qui ne peut pas encore être appelé science et est appelé un jour à le devenir (une bonne partie des sciences humaines).

De tels enseignements sont devenus indispensables pour comprendre le monde qui nous entoure. Ils font partie de la culture générale que devrait avoir tout bachelier qui se destine à faire des études supérieures (avec – et non pas contre – le latin, la philosophie, les mathématiques…).

Il ne s’agit pas de créer une génération d’informaticiens, pas plus qu’il ne s’agissait de créer une génération de latinistes ou de mathématiciens. Simplement de créer des citoyens cultivés dans ce domaine, capables de comprendre et, pour les meilleurs, de créer les outils de demain.

On n’obtient pas cet effet en faisant utiliser des IPADs aux élèves, mais en leur expliquant comment ils sont faits.

Enseignez l’informatique le plus tôt possible à l’école, dès la sixième, et vous verrez que les problèmes récurrents et non résolus depuis 30 ans, fracture et retard numériques, absence de secteur numérique industriel digne de ce nom, absence de lien entre la recherche et l’industrie, tous ces symptômes sur lesquels on tape “au marteau et au burin” disparaîtront d’eux-mêmes au fil du temps sans qu’on s’en aperçoive, comme s’assouplit naturellement la si sympathique coque de noix de Grothendieck.

Très bonne année à tous.

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Comment enseigner l’informatique dès la 6ème ?

Enseignement informatiqueCelui Ceux qui lisent régulièrement ce blog se souviennent certainement des billets concernant l’enseignement généralisé de l’informatique à l’école, dès la classe de 6ème et même avant.

Il s’agit d’enseigner non pas les usages, comme on l’a fait jusqu’à présent, mais bien l’informatique au sens “Computer science”: l’informatique est devenue un science indispensable au citoyen mais sa présence dans le socle commun est presque nulle. L’informatique est devenue indispensable pour comprendre le monde qui nous entoure, au même titre que le latin, le français, les mathématiques.

Pour réaliser un tel programme, il faut d’abord une volonté politique – j’ai l’impression que celle-ci est en train d’émerger. Mais la volonté politique ne suffit pas. Comment peut on massivement former à l’informatique, en tant que discipline scientifique nouvelle, une génération complète d’élèves, soit plusieurs millions de personnes ? Sachant que les professeurs eux-mêmes formés n’existent pas (au sens statistique) au collège et au lycée – sans parler des instituteurs à même d’enseigner l’informatique qui sont évidemment encore plus rares.

Or, les professeurs sont le levier de tout enseignement – sans un tissu de professeurs formés et entrainés, il n’est aucune politique éducative qui tienne. On le voit bien avec l’enseignement de l’anglais: cela fait 50 ans que l’éducation nationale s’est fixée pour objectif d’améliorer le niveau des petits français sans aucun progrès notable (il suffit de voyager un peu pour constater que le niveau en anglais des français reste nul).

En ce qui concerne l’informatique, de nombreuses initiatives surgissent sur le web actuellement, dans tous les pays. L’une d’entre elles est codeHs, un site qui s’adresse non seulement aux étudiants mais aussi aux enseignants des collèges et lycées américains – l’objectif étant non seulement de former mais d’apprendre à former.

Voir par exemple ci-dessous comment on peut commencer à enseigner l’informatique sans connaître aucun langage avec le chien Karel.

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Une ampoule qui transforme toute surface en surface interactive

Natan Linder, étudiant au MIT, a conçu une sorte d’ampoule qui contient un ordinateur d’environ 2 cm de côté, un pico-projecteur et des capteurs optiques (en tous points similaires à ceux que nous utilisons pour nos écrans interactifs SpeechiTouch).

Bulbe interactif

Cette ampoule se visse dans n’importe quelle lampe. Avec un tel système, toute surface peut devenir interactive. Les capteurs optiques permettent d’interagir avec les doigts et on peut imaginer:

  1. une “lampe” qui transforme chaque table d’étudiant en tablette numérique nomade
  2. une collaboration entre les différentes tables des élèves via wi-fi (dont la lampe peut évidemment être munie).
  3. l’envoi d’objets divers (l’ampoule peut fonctionner comme un scanner) entre les différentes “tables”, leur modification “en direct” sur les tables

Bulbe interactif

Un tel système ne sera pas plus coûteux – mais beaucoup plus pratique – que les fameuses “classes mobiles” qui ont fleuri dans nos classes françaises depuis 2 ou 3 ans (par exemple dans le cadre du programme “Ecoles numériques rurales”).

Une “classe mobile” est un ensemble de 15 ordinateurs portables, placés dans une malle ou dans un meuble et distribués aux élèves en début de cours. Un programme de partage est censé permettre une collaboration efficace entre professeurs et élèves. Concrètement, 90% des classes mobiles ne sont pas utilisées dans les établissements à cause de leur complexité ou tout simplement parce que 15 ordinateurs portables, ça tombe souvent en panne…

Source: MIT Technology review

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Une critique de l’âge de la multitude

Age de la MultitudeUne fois n’est pas coutume, ce billet est la critique d’un livre.

Je viens de finir “l’âge de la multitude” avec beaucoup d’admiration. C’est le meilleur livre que j’ai pu lire concernant l’économie numérique, et le meilleur livre de stratégie d’entreprise depuis «Crossing the chasm », qui doit bien avoir 20 ans maintenant.

Il y a un vrai effort des auteurs pour dégager des concepts originaux, intéressants, clairs et utiles : c’est très rare.

La plupart des livres sur le sujet proviennent d’auteurs anglo-saxons pouvant avoir une bonne connaissance du sujet mais le plus souvent peu de hauteur de vue. Les livres français sont rarement écrits par des auteurs ayant une connaissance réelle du sujet et c’est pourquoi celui-ci tranche par nature avec le reste des publications : non seulement les auteurs sont bien informés, mais on y trouve une recherche des principes, de la généralité, une qualité de démonstration, bref, des qualités « classiques » très supérieures à la moyenne.

La présentation des notions plateformes / applications, qui est la pierre angulaire de l’ouvrage, est remarquable. Le dernier chapitre sur la politique industrielle aussi – et il tranche justement avec la grande majorité des écrits « technophiles » sur le sujet.

Il y a aussi des manques, une foule de manques dans ce livre.

(Suite…)

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