Let the sleeping death seep through – Sur Alan Turing (1/2)

(Une petite série de 2 billets en hommage à Alan Turing, génie absolu, inventeur de la science informatique)

Dip the apple in the brewAlan Turing est surtout connu du grand public parce que c’est lui qui a permis de casser le cryptage de la machine Enigma, durant la seconde guerre mondiale. Au début de la guerre, Churchill monte, à Blechtley Park, une équipe « top secret » de mathématiciens, de linguistes, de traducteurs pour tenter de décrypter les messages envoyés à la flotte allemande.

Cette équipe utilisera les travaux de Turing (qui est l’inventeur du concept de programme informatique) et finira par casser les codes d’Enigma grâce à un des tous premiers ordinateurs, mis au point pour l’occasion (quelques centaines de mètres carrés au sol et bien moins puissant que la plus petite de nos calculettes !).

L’histoire de ce premier « piratage » est assez extraordinaire. Churchill en parle un peu dans ses mémoires mais je vous conseille d’aller lire au moins « L’histoire des codes secrets » ou, pour ceux qui ont un peu plus de temps devant eux, The Enigma.

Malgré l’énormité des moyens déployés, malgré tous les trésors d’astuce et de science dont a fait preuve l’équipe de Blechtley Park, malgré les espions qui fournissaient en permanence des informations nouvelles sur Enigma, le décryptage n’aurait pu avoir lieu sans ces les 2 constations suivantes :

  1. Quand les allemands « changeaient » les codes de la machine (opération quasi-quotidienne), ils ne réutilisaient jamais le code de la veille
  2. Les allemands évitaient les codes qui leur apparaissaient trop faciles à décrypter (l’équivalent d’un code 7777 pour une carte bleue). Conséquence, la génération des codes n’était pas aléatoire et l’espace de recherche pouvait être considérablement réduit.

Ce dernier point fut décisif. C’est en voulant compliquer la tâche du « décodeur » que les allemands ont réellement fourni les clés.

Quand j’étais à Stanford, les théories de Turing et de Shannon étaient un point de passage obligé pour tout étudiant en informatique (de nos jours, on étudie beaucoup plus Shannon, à mon avis à tort). Mais ce qui me fait penser à Turing aujourd’hui, c’est qu’il a été condamné par la justice anglaise pour homosexualité.

Accusé en 1952, il doit se soumettre à une castration chimique destinée à « réorienter sa sexualité ». Il se suicide en 1954 en croquant dans une pomme empoisonnée au cyanure – la pomme de Blanche-Neige, qui a été reprise dans le logo Apple, en hommage, justement à Turing.

C’est lui qui, victime d’un vol, se rend au commissariat et à cette occasion, avoue son homosexualité.

Il plaidera coupable mais déclarera plus tard « ne se sentir coupable de rien ».

Pour rappel, l’homosexualité n’est plus poursuivie en France depuis la Révolution. Notre pays a eu littéralement des siècles d’avance sur les autres pays européens, y compris sur les britanniques, qui ont pourtant inventé l’état de droit.

Ce n’est qu’en septembre 2009 que le gouvernement britannique a présenté des regrets pour le traitement infligé à Alan Turing.

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