Le TBI, c’est bien le matériel !

Depuis que nous avons commencé à distribuer les tableaux interactifs eBeam en 2004, j’ai dû lire, presque tous les mois, des « comparatifs » entre les différents modèles du commerce ou des analyses sur la valeur ajoutée du tableau interactif.

La plupart du temps, ces articles sont écrits par des professeurs qui relatent leur expérience ou par des « experts » des technologies numériques (j’avoue que je ne sais pas trop ce que ce mot veut dire, l’expertise semblant être devenue la chose au monde la mieux partagée).

L’illusion du logiciel

L’impression commune des utilisateurs, et des experts, est que le logiciel est une composante clé du tableau interactif – et même la composante déterminante (voir l’article récent sur l’excellent blog de Bruno Devauchelle « L’intérêt du TBI, c’est le logiciel »). C’est pour moi une impression tout à fait fausse, une illusion car en fait, le TBI, c’est presqu’uniquement le matériel !

Et voici pourquoi.

Qu’est-ce qu’un tableau interactif ? En quoi le TBI diffère-t-il des autres moyens numériques mis à la disposition du professeur ?

On peut parler de tableau interactif (TBI) quand les 2 éléments suivants sont réunis :

  1. Un écran d’ordinateur géant (au moins 1 m de diagonale), de façon à ce que cet écran soit à peu près aussi lisible, grâce à sa grande taille, qu’un tableau noir traditionnel.
  2. L’utilisateur commande l’ordinateur non plus grâce à une souris traditionnelle mais en touchant l’écran, soit directement, soit à travers un stylet avec une précision suffisante pour dessiner ou écrire sur l’écran géant « comme » si c’était un tableau noir.

Le TBI, ce n’est donc rien d’autre qu’une souris d’un type nouveau. Un des éléments clés qui fait l’intérêt du TBI, c’est la grande taille de l’écran. Cette grande taille permet d’utiliser le TBI comme un « simulateur » de tableau noir avec évidemment beaucoup de fonctions évoluées en plus, mises à disposition du professeur.

Un objet ouvert

Surtout, la grande taille du TBI fait du tableau interactif un objet ouvert (par opposition à l’ordinateur traditionnel, qui est un objet fermé).

Le contact entre professeur et élève n’est pas rompu comme lorsque le professeur manipulait son clavier d’ordinateur. Le professeur qui utilise des moyens numériques passe du stade de « geek », avec tendance autiste, attiré comme un aimant par son clavier, à celui de communicant performant, bougeant librement devant les élèves et doté d’un pouvoir quasi-magique – tous ceux qui ont utilisé le TBI ont ressenti, au moins un départ, le côté un peu « merveilleux » que crée la technologie.

Le TBI crée ainsi, au moins au début, un lien entre professeur et élèves. Or former, c’est créer des liens.

Un tel lien n’est pas créé par les technologies utilisant des périphériques de petite taille, tels que les ardoises numériques sans fil, qu’elles soient passives ou actives de type IPAD, les « souris 3D » (qui ne donnent pas la précision nécessaire pour écrire), les claviers sans fil, les tablet PC, etc…

Quel que soit l’intérêt, parfois grand, de ces périphériques, ce ne sont pas des tableaux interactifs et ils ne peuvent pas créer le même type de lien avec les élèves (voir mon billet récent : une ardoise numérique n’est pas un tableau interactif).

Les logiciels pour TBI sont tous plus ou moins identiques

Quels que soient les trésors d’inventivité dont font preuve les vendeurs, Speechi compris, pour différencier les tableaux interactifs auprès des clients, les logiciels des TBIs les plus vendus sont tous plus ou moins identiques et leur qualité est, disons, passable. A la base, ils sont constitués autour de fonctions d’annotation (TBI), de présentation (PowerPoint simplifié) et de traitement des images (Photoshop simplifié).

On peut y trouver, selon les vendeurs des fonctions additionnelles (ressources, outils spécifiques…) et j’ai personnellement un faible pour l’ergonomie du logiciel eBeam (attention, cher lecteur, l’auteur de cet article est juge et partie, puisqu’il vend le logiciel eBeam ci-dessus mentionné !), mais force est de reconnaître qu’aucune marque n’a fait preuve d’une créativité révolutionnaire, comme par exemple Apple a su le faire pour l’Iphone. Le « TBI-OS » reste à inventer.

Beaucoup d’observateurs cherchent donc à différencier les marques de TBI entre elles en partant de logiciels quasi-identiques si ce n’est inutiles car comme le signalent Steve Quirion, Marianne Giguère et Alexandre Lanoix dans leur excellent dossier , il suffit d’équiper son PC de Windows et de ses logiciels habituels pour utiliser le TBI de façon très satisfaisante (en Canadien, cela donne le savoureux “Même sans tébéiciel, les TBI sont des outils fonctionnels” !). Je tiens à signaler que ce dossier, que j’ai découvert très récemment, constitue la meilleure analyse que j’ai jamais pu lire sur le TBI.

La France : les Iles Galapagos du TBI.

Le cas du marché français est intéressant car il est « en retard » sur la plupart des pays anglo-saxons (si tant est que « retard » soit synonyme de faible taux d’équipement, ce qui est loin d’être prouvé puisque à ce jour, l’impact du TBI sur l’amélioration des résultats des élèves n’est pas démontré).

5% des classes françaises sont équipées contre 80% des classes au Royaume-Uni. La diffusion des TBI sur le marché français s’y fait de façon assez lente et les critères de choix sont différents de ceux des pays anglo-saxons. Le marché français a été relativement préservé des tendances extérieures et sa petite taille permet d’y observer des phénomènes qu’on n’a pas pu mettre en évidence, par exemple, en Angleterre.

La France est donc au TBI ce que les Galapagos ont été à l’évolution (Tu noteras avec admiration, cher lecteur, qu’ayant mis cette propriété remarquable – bien qu’un tantinet inutile – en évidence, l’auteur de ce billet devient donc de fait au TBI ce que Darwin a été à l’évolution.).

Le cas du vidéoprojecteur interactif

Or, quand on examine ce qui s’est passé sur le marché français sur les 6 ou 7 dernières années, on en tire les enseignements suivants :

  • Plus de 95% du marché a été capté par des « bonnes » marques, j’entends par là des marques disposant d’un matériel fiable et capables de le déployer dans les écoles de façon relativement performante.
  • Selon mes estimations, le matériel eBeam que nous commercialisons a pris une part de marché d’environ 25% (situation atypique par-rapport aux pays anglo-saxons) alors que nous sommes partis de zéro et l’avons commercialisé avec peu de moyens. Pourquoi ? Parce que nous avons su faire valoir auprès des utilisateurs l’avantage considérable que constitue la mobilité du matériel (encore un avantage matériel).
  • Il y a un an, quand Epson a lancé son vidéoprojecteur interactif, j’ai parlé de “technologie révolutionnaire“. Depuis quelques mois, Epson commercialise une version à ultra-courte focale de ce vidéoprojecteur interactif et, je peux le constater en tant que concurrent, le succès est maintenant réellement au rendez-vous et (toujours selon mes estimations) Epson est devenu, en moins d’une année, le leader du TBI “fixe” sur le marché français.Pourquoi ? Simplement parce que l’installation du matériel est hyper simple et que le vidéoprojecteur interactif à ultra courte focale se réduit à une sorte de cube très facile à installer par-rapport à un TBI classique. Sur le reste des critères habituellement jugés pour évaluer un TBI, Epson me semble en retard, que ce soit au niveau du stylet, de la calibration, du logiciel fourni, des ressources – bref, sur presque tout. Mais l’avantage matériel a été décisif à lui tout seul.

Tout ceci a des implications sur ce que va devenir le marché du TBI, non seulement en France mais dans le monde. Ce sera l’objet d’un prochain billet.