Une ardoise numérique, ce n’est pas un tableau interactif !

Tablette graphiqueDepuis 3 ans environ, nous proposons des ardoises numériques sans fil, que ce soit sous notre marque (ardoise nomade SpeechiTablet) ou sous la marque eBeam (tablette graphique eBeam Inscribe).

J’ai une position un peu schizophrène sur le sujet: la demande du marché pour l’ardoise numérique est très soutenue et donc notre intérêt commercial est d’en proposer. Pourtant, je pense très qu’il n’y a rien de commun, à l’usage, entre une ardoise numérique et un tableau interactif.

En dehors de certains cas bien précis, l’ardoise numérique n’a qu’un intérêt très limité par-rapport au tableau interactif.

Pourquoi le tableau interactif est-il radicalement différent de l’ardoise numérique ?

On l’oublie souvent, mais le principal avantage du tableau interactif, c’est que l’enseignant peut manipuler son PC à partir d’une surface de projection importante (de l’ordre de 2m de diagonale). Coincé derrière son PC, l’enseignant perd le contact avec la classe et se transforme en “geek instructeur” (Seule la haute tenue morale et intellectuelle de ce blog m’empêche de rajouter l’adjectif “masturbatoire” à cette description).

Au contraire, devant son tableau interactif, libre de ses mouvements, le professeur devient un véritable “Steve Jobs communicant”.

Surface de travailJe caricature un peu, bien sûr, mais de la surface de travail ressortent tous les avantages du tableau interactif, tout ce qui fait que Speechi s’est lancé dans l’aventure, en 2004. Le tableau interactif permet de garder le lien avec l’audience – et enseigner, c’est créer des liens.

[Je ne crois donc pas du tout, comme le pense Bruno Devauchelle dans son blog, que “le TBI, c’est le logiciel“. Pour moi, dans une très large mesure le TBI, c’est la surface de projection – donc le matériel ou si on veut, le media. Ceci mériterait d’être développé dans un article à part mais explique pourquoi les tableaux interactifs ont eu un grand succès et non pas les Tablet PC].

Une ardoise numérique sans fil, c’est un Tablet PC dégradé.

A la différence d’un Tablet PC, la tablette sans fil n’a pas d’écran. On écrit sur une surface interactive, mais pour voir l’écran, il faut regarder l’écran du vidéoprojecteur, ce qui n’est pas très naturel.

Avec la tablette sans fil, on perd donc les deux avantages majeurs du TBI :

– interaction directe avec l’écran
– écran de grande taille

Le seul vrai avantage de l’ardoise, c’est son coût (de l’ordre de 100 € alors qu’un TBI mobile coûte autour de 700 € et un TBI fixe, avec son installation, autour de 2500 €).

Mais sur le plan pédagogique, la tablette graphique, c’est un vrai retour en arrière, surtout si on l’utilise à la place du TBI. En le forçant a gérer un petit espace de travail, l’ardoise re-transforme le professeur en “geek instructeur”, refermé sur lui-même ce qui est le contraire de l’effet recherché.

le cadre pédagogique d’usage des tablettes graphiques

Je nuancerai le jugement précédent en mentionnant 4 usages qui à mon avis justifient l’achat d’une tablette:

  • le support d’un élève handicapé, qui ne peut pas aller au tableau.
    Dans ce cas, la tablette permet de le faire « rentrer » dans la classe de façon extrêmement positive et est un outil totalement indispensable.
  • l’enseignement d’une matière spécifique (telle que l’infographie, le dessin industriel…). La tablette est parfaitement adaptée pour l’utilisation de certains logiciels et a en général une grande précision ainsi qu’une sensibilité aux niveaux de pression que n’ont pas tous les TBI.
  • L’utilisation sur un très grand écran. Un TBI est inutilisable dès lors que la diagonale du tableau dépasse 3 m. Dans un grand amphithéâtre d’université, on a besoin de tableaux dépassant 4 m de diagonale et l’ardoise nomade est alors bien adaptée.
  • En complément du TBI,(et non pas à la place) la tablette sans fil peut devenir utile pour faire collaborer élève et professeur ou élèves entre eux. Tout ça, bien sûr, à condition que ça ne devienne pas un joujou ni un prétexte pour ne plus envoyer l’élève au tableau, ce que je constate malheureusement dans un grand nombre de cas. Car le TBI a un avantage en France: il suscite l’envoi plus fréquent de l’élève au tableau (dans les pays anglo-saxons, l’élève était déjà, bien avant le tableau interactif, en situation d’exposer).
  • Quand le TBI ne peut être utilisé, pour des raisons de place (cas de beaucoup de réunions d’entreprises ou de l’enseignement à distance).

Une situation transitoire, en attendant les usages de type Smartphone, IPAD…

Autour des tableaux blancs sont apparus toutes sortes de technologies (boîtiers de vote, tablettes graphiques) et d’autres vont continuer à apparaître et à étoffer l’offre TBI, à commencer par des outils de « podcast » ou de « videocast ».

Ce foisonnement est très positif car il concourt à l’utilisation des technologies de l’information dans l’enseignement mais tous ces outils, à l’exception du TBI, ont vocation à être remplacés par des Smartphone ou des tablettes (de type IPAD et non pas des ardoises numériques, passives).

IphoneAvec un Iphone, on peut prendre le contrôle du PC du professeur (voir notre petit prototype), voter, recevoir le cours du professeur instantanément en fin de cours, tester son anglais, etc… Tous les élèves en sont – ou en seront -équipés. Et il est bien plus facile d’emploi qu’un PC pour eux.

C’est ce que j’appelle, en dépit de mon aversion naturelle pour la pomposité, l’avènement inéluctable des solutions nomades.
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Les investissements numériques pour l’école (grand emprunt, etc…) devraient être orientés autour de l’usage de ces nouvelles plate-formes, mais de façon presque comique, les smartphones sont aujourd’hui interdits à l’école (comme l’ont été, d’ailleurs le stylo Bic, la calculette et la TNWii !).