L’eBook: une bonne illustration de la loi nomade de Klein

ebookDans mon billet précédent, je décrivais la loi, pour moi d’application très générale de l’histoire de l’information puisqu’elle est se vérifie depuis 5 000 ans. Pour des raisons mnémotechniques et narcissiques, appelons-la “loi de Klein”.


Plus le support de l’information est léger, petit, lisible, transportable, copiable, partageable, bref, plus le support est nomade, plus l’information et le savoir se répandent.

Puis, je parlais d’une exception tout à fait exceptionnelle de cette loi, qui ne s’étend que sur 40 années, mais qui a pour nous une grande importance puisqu’il s’agit d’un exception en cours. Pour des raisons qui tiennent à ma modestie naturelle, appelons cette exception “exception de Klein” et notons pour les générations futures tout le mérite qu’il y a, pour le scientifique, à découvrir une loi générale et une exception notable à cette loi au sein d’un même billet: le combat pour la Vérité n’a décidément pas de prix.


Depuis 40 ans, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la réduction du volume de l’information, la facilité à la recopier, à la partager, n’est pas corrélée à 100% avec son utilité. La raison principale de cette limitation, c’est que l’information a été tellement réduite qu’elle n’est plus aussi accessible ou lisible par l’être humain.

L’ebook est pour moi une illustration intéressante à la fois de la loi et de l’exception de Klein. Les premiers ebooks sont apparus il y a un petite dizaine d’années. A l’époque, il s’agissait de “simple” écrans digitaux, comparables en tous points à des écrans d’ordinateurs portables. Ces ebooks ne se sont pas imposés sur le marché (voir en France, l’exemple de Cytale, que j’ai suivi d’assez près). Palm, Apple, Microsoft ont eu diverses initiatives aussi dans le domaine, qui ont aussi échoué.


Pourtant, les tentatives pour créer un périphérique pouvant remplacer le livre dans la vie de tous les jours n’ont jamais cessé – et on assiste, depuis quelques mois, à un vrai renouveau du concept. Les annonces sont quotidiennes (Amazon, PRS505, SEIKO, SONY, etc…).

L’ebook met en évidence le fossé entre quantité d’information et lisibilité de cette information ainsi que la dynamique générale, puissante, qui agit pour tenter de combler ce fossé: les initiatives depuis 10 ans se multiplient, en dépit de tous les échecs commerciaux, et bien que le problème ne soit souvent pas formulé de façon aussi claire que par la loi de Klein.

Ce qui est intéressant aussi, c’est que les avancées des 2 dernières années sont presque décorrélées des avancées des ordinateurs et des écrans plats et d’une certaine façon correspondent même à un vrai retour en arrière. Les écrans des ebooks actuels sont en général des écrans noir et blanc, avec un contraste assez faible et leur taux de rafraîchissement est souvent 10 à 50 fois plus faible que celui des écrans TFT classiques – il est totalement inenvisageable de jouer à Tetris ou de voir une vidéo avec un eBook.

Les concepteurs d’eBook essaient, par tous les moyens possibles, de recréer le confort du papier et ont compris depuis peu que l’augmentation de la performance pure des écrans (la miniaturisation des transistors) ne constituaient pas forcément la réponse au problème.

D’où va venir le succès de l’ebook ? Des nouvelles techniques d’encre numérique, qui améliorent la lisibilité ? De la réduction du poids et de la taille des ebooks ? De l’amélioration physique des écrans, qui permettront de lire un ebook avec le même confort qu’un livre ? De la baisse de leur coût ? Du développement des techniques d’epaper qui permettront de lire un livre sur un simple feuille digitale ?

Je ne peux pas répondre à cette question, mais la loi de Klein me dit quand dans 2, 5 ou 20 ans – une durée ridicule à l’échelle de l’histoire de l’information mais probablement suffisante pour qu’encore un grand nombre d’entreprises et de projets d’ebook échouent – nous utiliserons l’ebook.

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