De la démocratie au Rwanda

Quand on va en Chine (Shanghaï) ou en Californie (Silicon Valley), on sent qu’il s’y passe quelque chose. La dynamique économique est telle qu’elle se manifeste partout: dans les entreprises, dans les cafés, dans les constructions, les universités. Dans la rue même. L’économie du monde se fait là.

Il se passe aussi quelque chose de tout à fait exceptionnel au Rwanda, mais le phénomène est avant tout politique. Economiquement, le Rwanda reste un petit pays, de la taille d’une région française avec un mode de vie essentiellement agricole. Mais depuis la fin du génocide, pour la première fois de son histoire, le Rwanda est devenu une vraie démocratie et cela se manifeste aussi partout – et avant tout dans les mentalités et les attitudes des citoyens : une absence totale de servilité dans les relations individuelles (ce qui est extrêmement rare en Afrique – et même dans les pays occidentaux où les relations individuelles sont largement perverties par le besoin de faire affaire), aucune corruption et la conscience d’appartenir à une nation qui doit absolument se dépasser collectivement pour renaître après le génocide de 1994.

C’est une démocratie fière, parfois autoritaire et intransigeante, qui a beaucoup de traits communs avec la démocratie Athénienne telle que la décrit Thucydide : comme à Athènes, le sentiment d’urgence, la conscience de l’immensité de la tâche à accomplir, le besoin absolu et vital d’efficacité font qu’on frise parfois le totalitarisme. Comme à Athènes, la survie de la démocratie tient alors essentiellement à la qualité du chef et pour l’instant, le Président Kagame est une sorte de Périclès Rwandais: les actions entreprises depuis 15 ans portent leurs fruits et les Rwandais en sont conscients.

    • La petite taille du pays permet à la démocratie d’être très directe et resserrée, comme à Athènes. J’ai traversé le pays de long en large en compagnie de rwandais et toutes les demi-heures, ils croisaient une de leurs connaissances, parents ou amis. Lors des manifestations officielles, ma femme a parlé au Premier Ministre et ma fille lui a serré la main. Dans une telle démocratie, chacun se sent acteur.

 

  • La société de consommation n’a pas encore, comme dans nos pays occidentaux – et même comme en Chine – transformé les citoyens en consommateurs et les rwandais restent concentrés sur les cinq problèmes essentiels pour eux : la répartition de l’espace (le Rwanda est un pays extrêmement peuplé), la production agricole, la gestion de l’après-génocide, la santé et l’éducation, considérée à raison comme la principale protection face aux risques de débordements futurs.

Sur chacun de ces points, le gouvernement Rwandais tient une politique extrêmement originale et, à mon avis, visionnaire. J’essaierai de me concentrer sur la question du génocide dans mon dernier billet.

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