Le Capital Altruiste : la seule méthode permettant de généraliser l’entreprenariat social

Dans le Figaro du jour, un article sur les déboires actuels de la micro-finance.

Le micro-crédit, idée merveilleuse inventée par Mohammed Yunnus dans les années 80, est en grand danger. Victime, en fait, de son succès même.

Des entreprises privées récupèrent le concept et le transforment en une sorte de « credit revolving » à l’ancienne. La solidarité est remplacée par un simple discours marketing, qui utilise et récupère l’image du micro-crédit.

Mohammed Yunnus est lui-même expulsé de l’institution qu’il a créée, la Grameen Bank. Au-delà des conflits politiques et de personnes, cela signifie très probablement que la mission de la Grameen Bank est en grand danger.

Le drame et l’ambigüité du micro-crédit, c’est celui de tout l’entreprenariat social aujourd’hui. L’entreprenariat social se définit par « la mise en œuvre d’une idée à la fois utile et rentable ».

Le problème, c’est qu’à partir du moment où une idée est rentable, à partir du moment où elle a un potentiel économique fort – c’est le cas du micro-crédit – vous trouverez toujours des acteurs économiques qui, un jour, chercheront à rendre l’idée plus rentable – au détriment de son utilité sociale. Constitués en entreprises, ces « récupérateurs économiques » ont accès à des moyens que n’ont pas les entrepreneurs sociaux : ils peuvent être fortement capitalisés, dépenser sans compter au niveau du marketing et ils font fi de la barrière morale que s’imposent les acteurs associatifs.

La conséquence, ce qu’on vit aujourd’hui dans le domaine du micro-crédit, c’est que ces “récupérateurs” sont automatiquement, par construction, plus rentables et ainsi éliminent ou élimineront, dans une économie libérale et capitaliste telle que la notre, les autres acteurs.

Une économie créée pour son utilité est remplacée par une économie développée pour sa rentabilité. Ce qui reste ? Un discours identique repris par le marketing. La communication n’a pas changé, mais la sincérité a disparu.

Le micro-crédit met juste en évidence cette loi économique générale en économie de marché : tout secteur social (entendu comme à la fois utile et rentable) tend à devenir uniquement rentable.

Autre façon de dire les choses : En économie de marché, l’entreprenariat social tend à disparaître et à être remplacé par l’entreprenariat tout court. Seules les entreprises constituées en Capital Altruiste, comme Speechi, échappent à cette loi.

Cette loi peut paraître surprenante à un moment où l’entreprenariat social n’a jamais été autant plébiscité, ni aussi dynamique. Je voudrais répondre par avance aux trois objections qu’on va naturellement m’opposer.

1) Il n’y a jamais eu autant d’entreprises sociales

Je le constate moi-même à travers mes interventions dans un grand nombre d’universités et de grandes écoles : il y a un grand nombre de vocations d’entrepreneurs sociaux et il faut s’en réjouir.

Mais il ne faut pas confondre le nombre de vocations avec la viabilité économique du secteur. Cet état de fait n’est pas contradictoire avec la loi exprimée plus haut, loi à laquelle les entreprises qui résultent de ces vocations n’échapperont statistiquement pas. Ce n’est pas parce que vous plantez des tonnes de gazon dans de mauvaises herbes que le gazon va l’emporter.

2) Le cas de l’entreprenariat social non rentable

Il existe aussi un grand nombre d’initiatives qui, bien qu’insérées dans le monde économique, au sens où leur production est vendue sur le marché, ne sont pas économiquement rentables. Leur mise en œuvre dépend principalement des subventions, des dons ou du bénévolat.

Ce sont de vraies entreprises, qui se battent pour être compétitives car elles sont en concurrence avec des entreprises privées mais il vaut mieux parler de secteur « semi-associatif » et non pas d’entreprenariat social.

Paradoxalement, l’absence de rentabilité protège économiquement ce secteur puisqu’aucun entrepreneur privé ne peut avoir envie de copier un modèle non rentable. Les entreprises sociales non rentables ne sont donc pas concernées par cette loi.


3) Pourquoi les entreprises sociales constituées en Capital Altruiste échappent-elles à cette loi ?

Parce que les statuts altruistes ne rendent pas une entreprise moins efficace – et présentent de nombreux autres avantages, les entreprises altruistes, quel que soit leur domaine d’activité, ne sont pas condamnées d’avance et ont la même chance de se développer que les entreprises privées.

J’ai déjà beaucoup écrit sur ce point, mais j’y reviendrai dans un très prochain billet.

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