Biodiversité, éducation et conservation

Une traduction du discours du directeur de l’IGCP (discours original, en anglais), Eugène Rutagamara, prononcé le 16 décembre 2010 lors de l’invitation du ministère de l’éducation rwandais et de la Commission nationale rwandaise pour l’UNESCO, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Science.

Je rappelle que l’IGCP est devenue l’année dernière notre actionnaire à hauteur de 10%, selon la formule du Capital Altruiste. Cela nous donne la possibilité de supporter les actions et programmes qu’évoque Eugène Rutagarama ci-dessous.

Gorille, une espèce à protéger

Biodiversité, éducation, conservation, développement durable. Même si nous prenons chaque terme séparément, ils sont tous riches et complexes de sens. Toutefois, en les liant tous ensemble, il en résulte quelque chose d’encore plus complexe à conceptualiser. Je ne suis pas un universitaire et je ne vais pas m’attarder sur les subtilités et distinctions entre les termes. Permettez-moi toutefois de vous expliquer ce regroupement de concept à l’aide d’exemples concrets de l’International Gorilla Conservation Programme (IGCP), à travers ce que nous avons appris en travaillant dans la région de Virunga.

Le contexte humain de cette région peut être résumé en quelques mots :

  • conflits récurrents, très forte densité de population
  • pauvreté et insuffisance de l’éducation
  • plus de 90% des gens peinent à s’auto-suffire avec leur agriculture
  • 60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté
  • pays très pauvres et très endettés

Mais il y a aussi :

  • une force de travail importante
  • une population avec une culture séculaire
  • une population qui vit à proximité d’une biodiversité très riche, bien que fragile, et qui a été décimée

Le partenariat unique avec l’IGCP prend place au cœur de ces défis et de ces opportunités. L’IGCP estime que le développement durable grâce au renforcement des moyens de subsistance communautaires est indispensable à la conservation de la biodiversité. L’éducation est un des piliers de cette autonomisation des populations.

Depuis 1991, l’ICGP a réuni 3 organismes de protection de territoire : l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), l’Office rwandais du Tourisme et des Parcs Nationaux (ORTPN, renommé RDB) et à l’Organisme de la Faune Ougandais (UWA) ; et 3 organisations internationales de conservation : l’African Wildlife Foundation, la Fauna & Flora International et le World Wide Fund for Nature, pour soutenir la conservation sur le long terme des gorilles de montagnes et de leur habitat forestier dans la région de Virunga-Bwindi, qui se situe en République Démocratique du Congo, au Rwanda et en Ouganda.

La mission de l’IGCP¨est « de conserver les gorilles et leur habitat à travers des partenariats avec des intervenants de premiers plan, pour contribuer de façon significative au développement de moyens de subsistance durable pour les gorilles ».

L’engagement de l’IGCP part des constats suivants :

  • Le gorille de montagne est classé comme une espèce en danger d’extinction critique par l’UICN. La population des gorilles de montagne a considérablement diminué au cours des années 70-80, de 425 à moins de 275 individus dans les parcs transfrontaliers de Virunga.
  • Nous considérons que les deux blocs de forêts du Massif de Virunga et de Bwindi-Sarambwe sont importants écologiquement et servent de refuge à une importante diversité.
  • Il y a un lien logique entre biodiversité et moyen d’existence durable, puisque la plupart des gens vivant dans ces régions dépendent directement des ressources humaines dans leur vie quotidienne.
  • Enfin, travailler pour la conservation de la biodiversité via la collaboration régionale permet d’aider à consolider la paix dans la région.

L’IGCP développe ses missions avec une approche régionale, en promouvant une collaboration intégrée et le renforcement des capacités, avec une stratégie basée sur 4 approches de bases :

  • renforcer la protection des gorilles de montagne et de leur habitat grâce à la collaboration transfrontalière
  • établir une base d’information solide pour comprendre la dynamique entre les populations humaines et la faune de la région.
  • travailler avec les communautés locales pour créer des possibilités d’existence qui soient complémentaires de la faune et contribuent à sa conservation.
  • promouvoir et renforcer la politique et la législation liée à la conservation.

Les résultats clés de l’IGCP sont donc :

  1. le renforcement des capacités pour pousser les leaders à œuvrer la conservation
  2. les initiatives communautaires pour atténuer les conflits entre la faune et l’homme et améliorer les moyens de subsistance.
  3. l’écotourisme comme tourisme responsable, en vue de partager les bénéfices et promouvoir les entreprises locales.
  4. le contrôle par les gardes du parc et la protection accrue des régions pour améliorer la protection de la biodiversité.

Dans chacun de ces domaines, l’IGCP travaille avec des partenaires clés qui ont tous déjà prouvé leur efficacité.

Il s’agit notamment de :

Pour développer des compétences et former les leaders de demain:

  • Depuis 2000, nous avons conjointement attribué des bourses à plus de 10 défenseurs de Centrafrique pour la poursuite de leur cursus académique (diplôme universitaire).
  • Plus de 300 gardes forestiers et 100 gestionnaires de parc ont été formés dans le cadre de l’IGCP, avec le financement d’ateliers de travail et de réunion pour améliorer le suivi et la gestion des parcs.
  • Au total, 12 organisations communautaires ont été formées pour renforcer la gouvernance et le développement d’entreprise de conservation.
  • Trois plans généraux de gestion ont été achevés et mis en place dans la zone de conservation de Bwindi Mgahinga (en Ouganda, dans le Parc national des Virunga, en RDC dans le Parc National des Volcans), grâce au soutien et aux procédures facilitées de l’IGCP.
  • L’IGCP a soutenu l’Université nationale du Rwanda pour amorcer le Programme de Conservation de Biologie. De plus, l’IGCP a soutenu le Kitabi College for Conservation et Environment Management dans la mise en place d’un centre éducatif pour des stages en milieu de carrière. L’IGCP a aussi signé un accord avec l’UNR, pour une meilleure collaboration, en éduquant les leaders de la conservation dans la région.
  • Entre 2002 et 2010, plus de 20 réunions régionales de planification ont été organisées pour aborder les sujets prioritaires autour de la communication en commun et de la coordination des activités transfrontalières.

Dans le domaine des initiatives communautaires pour atténuer les conflits entre la faune et l’homme et améliorer les moyens de subsistance :

  • Avec d’autres partenaires de terrain, l’IGCP a soutenu la construction d’un mur en pierre pour prévenir les conflits avec les buffles en 1993. A ce jour, ce mur comprend 76km construit autour de PNV au Rwanda, 15 km au MGNP en Ouganda, 52km autour du secteur de Mikeno et 2,5 km le long de la frontière entre l’Ouganda et le Congo.
  • Achat d’une parcelle de terrain du parc de Nkuringo (4,2km²) près de Bwindi en Ouganda pour y conduire des projets pilotes de promotion d’activités conjointes de gestion du parc, tout en fournissant des moyens de subsistance à 13 communautés et en protégeant la faune de la maladie. Environ 5000 personnes ont actuellement accès à l’eau dans les communautés qui environnent les parcs nationaux des Volcans et Bwindi.

Dans le domaine de l’écotourisme comme tourisme responsable, en vue de partager les bénéfices et promouvoir les entreprises locales :

  • En 2005, nous avons lancé le « Plan de Développement du Tourisme Responsable du Massif des Virunga » pour promouvoir et gérer l’éco-tourisme transfrontalier de manière durable.
  • Dans la région de Virunga-Bwindi, plus de 39 000 personnes continuent à bénéficier des 39 entreprises éco-touristique sponsorisées par l’IGCP.
  • Le Mgahinga Visitors’ Center construit en 2006 sensibilise et éduque les visiteurs à la conservation de l’environnement. Il possède aussi un centre de formation pour le personnel du parc et les communautés locales.
  • Prise en charge sans précédent des études qui évaluent l’importance économique du tourisme autour des gorilles de montagne et des forêts protégées, entre 2000 et 2003. Ces études fournissent des fondements scientifiques solides pour le développement du tourisme durable.
  • Promotion de deux associations de tourisme communautaire : le Nkuringo Conservation Développement Foundation et le Sabyinyo Communitiy Livelihood Association, pour construire et gérer des pavillons sur l’éco-tourisme à envergure mondiale en Ouganda et au Rwanda, attirant des visiteurs de partout dans le monde. A l’heure actuelle, les pavillons ont généré respectivement plus de 500 000 et 300 000$, transféré directement sur les comptes en banque des communautés locales.

Dans le domaine du contrôle par les gardes parcs et de la protection accrue :

  • Plus de 500 gorilles ont été identifiés grâce à l’empreinte de leur nez et à des photos, puis inclus dans la base de données la RBM gorilla database. Cette base de données comprend aussi plus de 1600 toponymes géo-référencés et intégrées dans des cartes mises à disposition pour la gestion du parc.
  • En 2003, 2006 et 2010, l’IGCP a mené une collaboration avec PAAs pour recenser les gorilles de montagnes dans les régions de Virunga et Bwindi. Cette année a révélé une augmentation significative du nombre de gorilles à Virunga, avec un total de 782 individus vivant dans les deux blocs de forêt.
  • Fourniture de matériel pour une unité de surveillance dans chacun des 4 grands parcs de gorilles de montagnes avec plus de 200 gardes qui patrouillent, formés aux techniques de surveillance.
  • Au total, plus de 16 sessions de formation régionales encadrées, sur la surveillance des parcs des gorilles de montagne : les sujets traitent entre autres les systèmes d’information géographique (GIS), la gestion des bases de données, la démographie des gorilles, le comportement des gorilles, les méthodologies de recensement, la photographie, les analyses et l’interprétation des données RBM pour la gestion du parc.
  • Depuis 1997, plus de 80 patrouilles conjointes de gardes forestiers pour la surveillance des parcs ont été menées à travers la zone transfrontalière. En 2006, des patrouilles conjointes ont couvertes plus de 75% du Virunga Massif, et plus de 55% du Parc National Bwindi (approximativement 80 000 ha).
  • En 2004, protocole d’entente tripartite pour un système de surveillance intégrée et le partage des données régionales.

Dans le domaine de la collaboration transfrontalière pour des partenariats élargis, une conservation intégrée et le renforcement de la confiance :

  • Etablissement d’un programme de surveillance en 1997 pour harmoniser la collecte et le partage de l’information et assurer une gestion efficace de la région transfrontalière, y compris à travers l’organisation de patrouilles de surveillance et des programmes de formation pour renforcer la protection des gorilles de montagne.
  • Déclaration ministérielle signée en octobre 2006 sur la « gestion des ressources naturelles transfrontalières  du Rift Albertin Central », qui reconnait 8 parcs nationaux dans ce Rift et reconnait le l’écosystème transfrontalier unique partagé entre le Rwanda, l’Ouganda et le Congo, promettant un soutien.

Pourquoi l’IGCP lutte-t-elle sur tous ces fronts ?

La perte de la biodiversité n’est pas un mythe, elle suit son cours tous les jours. Selon un rapport des Nations Unis, « nous perdons trois espèces par heure à cause de l’urbanisation, de la déforestation, de la surpêche, des changements climatiques et des espèces envahissantes. Et pas seulement des espèces « sauvages » ». L’habitat humain comme les fermes est particulièrement menacé.

Nous devons tous retrousser nos manches, jeter les armes à terre et contre-attaquer.

L’IGCP a choisi de faire face à l’urgente nécessité de conserver notre biodiversité dans un contexte où la population humaine est en lutte pour sa propre survie. Nous le faisons à travers une espèce qui était en quasi extinction il y a quelques décennies, le gorille de montagne.

Avec nos partenaires, nous avons accomplis des progrès retentissants, en inversant le recul de la population des gorilles de montagne. Ensemble, avec vous tous ici présents dans cette salle, nous pouvons allez encore plus loin !

 

(Un grand merci à Guillaume pour la traduction).

(2) commentaires pour "Biodiversité, éducation et conservation"

  1. Voyage chez notre actionnaire au Rwanda | Lire au Rwanda

    […] avons choisi le Programme International de Conservation des Gorilles, ONG rwandaise qui lutte pour la préservation des derniers gorilles des montagnes dans les volcans des massifs du […]

  2. Voyage chez notre actionnaire au Rwanda

    […] avons choisi le Programme International de Conservation des Gorilles, ONG rwandaise qui lutte pour la préservation des derniers gorilles des montagnes dans les volcans des massifs du […]

Laisser un commentaire sur le blog