Valérie Pécresse lit le blog de Speechi, enterre l’e-learning, impose Speechi à toutes les universités françaises et finit par péter un plomb.

Valérie Pécresse lit le blog de Speechi

Le saviez-vous, chers lecteurs ?

Valérie Pécresse lit ce blog. Elle lit ce blog !

Evidemment, il est assez rare qu’elle y poste ses commentaires, car, vous la connaissez, c’est une fille assez discrète. Mais, à le lecture du plan de relance pour le développement des technologies numériques à l’Université : je l’inspire beaucoup (ou au moins, j’inspire ses conseillers !).

Car les annonces faites lundi dernier sont une sorte de couper/coller de billets écrits depuis 4 ou 5 ans (et dont vous avez eu la primeur, chers lecteurs !). Je vais essayer de vous les résumer, le plus brièvement possible.

[Pas trop brièvement cependant car vous savez bien que l’esprit de synthèse n’est pas mon point fort. Mais vous me pardonnez toujours, chers lecteurs, et je vous en suis ô combien reconnaissant, car vous me lisez sourire aux lèvres et café à la main. Le blog de Speechi, je sais que pour vous (tous les sondages OpinionWay le montrent ), c’est une pause dans votre dure journée de labeur, la façon utile de passer du temps sur Internet sans avoir l’impression de léser votre employeur. Et au cas où ça ne serait pas tout à fait le cas, ne prenez même pas la peine, chers lecteurs, de me le signaler en commentaires, ce genre d’illusion me fait vivre. ]

Valérie Pécresse enterre l’e-learning et impose Speechi à toutes les universités françaises.

Le plan Pécresse enterre l’e-learning tel que vous le connaissez au profit de l’enseignement nomade, tel que Speechi vous l’a fait connaître.

Le but est de permettre aux étudiants de suivre des cours de leur PC portable, sous forme de podcasts ou de podcasts améliorés. Valérie ne parle même pas, et c’est heureux, des lourdes « plate-formes éducatives » d’enseignement à distance. Il s’agit de donner aux élèves le moyen de suivre les cours, si possible de façon connectée et non connectée.

Le plan Pécresse est une vraie avancée et repose sur une analyse (au moins partiellement) pertinente.

Pour la partie pertinente, je fais référence, vous vous en doutez, à la partie du plan qui reprend les idées que ce blog tente si immodestement de propager depuis 4 ou 5 ans.

  • 25% des étudiants n’assistent pas au cours pour des raisons structurelles (travail, cours qui se superposent, stages). Il faut leur donner les moyens de suivre ce cours. C’est l’argument repris par Henri Isaac, qui conseille Valérie sur le sujet. C’est aussi l’idée de base qui a conduit à la création du logiciel Speechi, en 2003.
  • moins de 1% des étudiants ont accès à des cours en ligne. Pour passer à 10% (ou plus), il faut diminuer drastiquement le coût de production de ces cours. Seul les outils permettant d’enregistrer des podcasts « à la volée » (ou bien des Powerpoints sonorisés) permettent de le faire. C’est la deuxième idée qui a conduit, en 2003, au développement de Speechi

Le plan Pécresse est peu coûteux (6 millions d’euros pour l’équipement des universités en podcast)

Et c’est une bonne chose ! Il ne s’agit pas d’investir des milliards. On peut obtenir des résultats sans dépenser trop – c’est même un domaine où la condition pour obtenir des résultats est de ne pas dépenser trop, au moins au début.

Valérie Pécresse pète un plomb.

Ce n’est pas l’absence de moyens financiers qui pêche le plus, mais l’absence de vision, de discours cohérent et assumé.

Tout est frileux au niveau du message « politique » passé aux enseignants.

« Il ne s’agit pas de substituer le numérique mais d’offrir un complément. Une partie des crédits va servir à former 2000 enseignants » (source: Les Echos)

Evidemment, ce n’est pas faux. Mais ce sont des déclarations lénifiantes, à destination de la frange la plus réactionnaire du corps enseignant. Le bon message doit être « Le numérique doit être intégré à la formation, au même titre que l’oral et l’écrit, avec la même importance, au même niveau ».

Soyons non seulement sévères, mais justes, chers lecteurs: ce message est d’ailleurs parfois maladroitement exprimé (“L’université doit intégrer Internet comme elle l’a fait pour le livre”) mais il est noyé dans la masse, pas audible – et surtout pas étayé par les mesures annoncées.

« 97% des élèves de l’Université de Lyon profiteront du podcast car ils sont équipés d’un ordinateur portable » (source: Libé)

D’abord, cette donnée est si étonnante qu’elle est très vraisemblablement fausse (mais au fond, peu importe). Surtout, on est en retard d’une guerre.

Parce que la réalité, c’est celle ci: 100% des élèves pourront suivre les cours en podcast car ils sont déjà équipés d’un téléphone mobile ! Le but d’un plan visionnaire aujourd’hui devrait être préparer la transition de l’enseignement vers les mobiles, pas vers les PC portables (voir dans ce même blog, qui décidément, en toute objectivité, est une vraie mine d’or: Le téléphone mobile ou l’informatique nomade du futur).

Et à ce sujet, le plan Pécresse contient le meilleur mais aussi le pire…

Que va-t-on équiper en wi-fi les Universités aujourd’hui (10 millions de budget prévu ?). Toutes celles qui avaient la volonté de le faire ou la vision pour le faire l’ont fait. Celles qui ne l’ont pas fait ne l’ont pas fait pour des raisons conservatrices (ex: l’ESSEC) ou par manque de savoir-faire (ex: Lille 3).

Qui plus est, le wi-fi, c’est du local (ça couvre le campus) alors qu’on cherche du global (regarder un cours chez soi, dans le train, au bureau…).

Une suggestion: plutôt que de dépenser 10 millions d’euros pour du wi-fi, imposer dans le cadre de la nouvelle licence 3G que l’opérateur choisi fournisse gratuitement un abonnement data 3G à chaque étudiant. Vous verrez que les effets n’auront rien à voir (et pour un coût nul).

Autre suggestion: Henri Isaac, conseiller de Valérie, parle très justement d’une appréhension des enseignants à diffuser leurs cours en ligne liée selon lui à un flou juridique sur les droits d’auteur.

En fait, il n’y a aucun flou juridique sur les droits d’auteur, mais des intérêts divergents entre l’Université (qui souhaite avoir la propriété des cours) et le professeur (à qui, en droit français, les droits appartiennent, sauf convention contraire). Le résultat est que rien ne se fait en France, alors que 99% des cours dont on parle ne sont de toutes les façons pas monnayables en ligne !

Au lieu de déclarer, comme le fait Henri Isaac, qu”il faut clarifier cela” pourquoi ne pas définir une bonne foi pour toutes un cadre juridique par défaut, négocié avec les enseignants, qui s’appliquerait dans toutes les universités ?

C’est ce qu’ont fait les grandes universités américaines. Et tant qu’il n’y aura pas un tel cadre, vous ne verrez pas, en France, de grandes initiatives en ligne comparables à celles qu’ont pu lancer les américains et dont j’ai déjà souvent parlé ici (voir comment le MIT inocule le virus du savoir , le cas de Stanford).

Il ne faut pas beaucoup d’argent non plus pour débloquer ces énergies. Il faudrait simplement que gouvernement et Universitaires sachent se parler, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps, malheureusement.