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De Google (« Don’t be evil ») au Capital Altruiste (« Be good ! »)

On n’insiste pas assez sur la double négation présente dans le slogan de Google “Don’t be evil”.

Pourtant, cette double négation contient une bonne partie de l’histoire de l’humanité, passée et à venir.

Les fondateurs de Google n’ont pas voulu afficher une volonté positive de faire le bien ou le bonheur, car ils craignaient pour eux-mêmes les excès liés aux initiatives qui, à travers les âges, de l’inquisition au communisme, tentent de façon positive de faire le bien, y compris contre la volonté des gens.

Cette précaution est typiquement américaine. La constitution américaine introduit elle-même la notion de droit individuel au bonheur comme une protection face au totalitarisme. Ce que dit donc déjà la constitution américaine c’est: « Nous ne pouvons que vous donner la possibilité matérielle d’être heureux, car c’est au fond la seule façon de vous permettre, peut-être, de le devenir. Si nous vous indiquions comment être heureux, atteindre le ciel, etc…, notre histoire nous enseigne que les effets seraient pires que le mal. »

En affichant une volonté de ne pas faire le mal, plutôt que de simplement faire le bien, Les fondateurs de Google ont visiblement aussi voulu éviter la bonne conscience qui est le “bénéfice secondaire” de l’action humanitaire et sont donc non seulement les dignes descendants du MayFlower, mais aussi de Freud, du Vietnam et de la décolonisation.

Il est tout à fait remarquable que l’entreprise la plus extraordinaire des dix dernières années, dans un pays tel que les Etats-Unis où les valeurs positives sont souvent encensées au-delà du bon sens, ait adopté un slogan correspondant à une vision du monde aussi noire et surtout honteuse.

Même si l’air du temps, nous ramenant toujours sur les excès passés (colonisation, esclavage…), contribue à retarder les actions de nature positive, nous vivons une époque terminale, en termes de croissance économique, de croissance de la population et d’empreinte écologique.

Nous avons besoin de plus d’ambition que Google – ou que la constitution américaine. Le « laisser faire » n’est plus suffisant. Il va falloir agir de façon positive et tenter de faire le bien, à tout le moins de faire mieux.

Il nous faudra en même temps éviter la bonne conscience – il n’y a d’ailleurs aucune bonne conscience à avoir car ce que nous faisons aujourd’hui, qui est parfois qualifié d’utopie, nous le faisons en fait pour notre survie même. Il faudra éviter aussi les déviations de nature totalitaire, ce danger génétiquement lié à toutes les initiatives qui se croient « bonnes ».

Cette réflexion a été à la base de la création du Capital Altruiste. Le Capital Altruiste a pour but d’utiliser l’entreprise de façon positive, de façon à ce qu’elle puisse améliorer l’état du monde par l’intermédiaire d’une organisation d’intérêt général qui en est l’actionnaire et en utilise une partie des moyens économiques. Il donne un cadre d’action volontariste et positif, sans toucher aux acquis démocratiques ni aux libertés fondamentales.

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Il n’y aura pas de publicité sur Alexandra

AlexandraLe modèle économique d’Alexandra est à contre-pied de ce qui se pratique habituellement sur le Web.

C’est une application payante (chaque utilisateur – professeur ou école – paie quelques dizaines d’euros / mois pour l’utilisation de la plate-forme et la diffusion des contenus, auxquels les élèves accèdent eux, gratuitement).

Alexandra est une application éducative où tout contenu peut être mis en ligne et enrichi de nature collaborative. En un sens, c’est un sorte de « YouTube » pour l’enseignement et on s’attendrait de prime abord à ce que, comme YouTube, ce soit gratuit.

Mais le modèle économique de YouTube (et d’ailleurs plus généralement de Google, moteur de recherche compris) est totalement inadapté aux besoins éducatifs.

La raison principale est la suivante: ces modèles sont financés par la publicité. Or la publicité (pas plus que la religion et sans doute même, à notre époque, encore moins que la religion) n’a sa place dans la salle de classe.

Imagine-t-on une salle de classe bourrée d’affiches publicitaires ou d’écrans muraux martelant des messages du style « Les chaises vous sont offertes par Ikea, le réfrigérateur par Coca, ces microscopes par Afflelou ? » (version contextuelle : « Votre professeur porte des chaussettes Kindy ?« ).

C’est pourtant ce qui se passe lorsque vous allez faire une recherche sur Google, ce qui se passe lorsque vous consultez une vidéo sur YouTube. Le contenu qui vous est proposé est accompagné de liens commerciaux, réglés pour être les plus pertinents possibles. Lorsque vous cliquez sur ces liens, votre recherche est détournée au profit de la consommation. Il s’agit, au sens étymologique du terme, d’un divertissement, non d’un enrichissement.

Google est gratuit, mais son chiffre d’affaires, c’est la part prise par le moteur sur la surconsommation qu’il engendre. Google transforme notre appétit de savoir en consommation.

Google[1] contribue ainsi au rétrécissement du savoir, comme je l’ai écrit dans une tribune parue dans Libé l’année dernière. Il y contribue d’une façon très profonde car inconsciente (voire paradoxale) et toujours croissante, puisque les liens sponsorisés sont optimisés de façon scientifique pour générer toujours plus de clics.

Toute politique éducative en matière de technologie numérique, au sens noble du terme, doit avoir pour but de réduire le décalage entre « la promesse » (jamais autant de savoir n’a été de fait disponible sur Internet) et l’utilisation réelle, moyenne, statistique, des technologies numériques (Internet aujourd’hui: le temps diverti).

D’une façon générale, les applications « gratuites » dont le revenu est basé sur la publicité devraient sans doute être bannies de l’école.

Dans Alexandra, les contenus seront vus dans un environnement neutre, libre de toute pollution publicitaire.

Et le prix d’Alexandra, c’est le prix à payer pour éviter que l’école ne transforme les élèves en consommateurs, alors que son rôle est de former des citoyens.

[1]Non seulement Google, mais aussi la plupart des applications dites « Web 2.0″, dont le modèle économique est en général de nature publicitaire.

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Comment l’IPAD contribue au rétrécissement du savoir

« Avec les iPods, Ipads, Xbox et autres Playstations, l’information devient une distraction, un détournement, une forme d’amusement vain, plutôt qu’un outil qui ouvre des possibilités, qui permet une vrai émancipation.« 

                                  Barack Obama, Président des Etats-Unis, 10 mai 2010.

Il se trouve qu’Obama emploie presqu’exactement les mêmes termes que ceux que j’ai utilisés dans ma tribune parue dans Libération : » Comment Google contribue au rétrécissement du savoir« .


« En réalité, celui qui va sur Internet rentre dans une entreprise de distraction, au sens premier du terme, qui est celui de détournement. Au bout de quelques minutes, il a toutes les chances de se retrouver à faire autre chose que de la recherche (lire la bourse, les résultats sportifs, chatter sur MSN…). »

                                  Thierry Klein, Président de Speechi, 30 septembre 2009.

Quelques réflexions en vrac.

  1. Je vous le promets, ce n’est pas moi qui rédige les discours d’Obama.
  2. J’ai reçu plusieurs dizaines d’emails suite à la parution de ma tribune dans Libé. Presque personne n’était d’accord avec le contenu de mon article et ceux qui étaient d’accord l’étaient pour de mauvaises raisons, ce qui est encore plus consternant.
  3. La grande majorité des utilisateurs des TICE (acteurs compris) confondent totalement le potentiel des technologies (la « promesse ») et l’utilisation réelle qui en est faite en général (le jeu, et surtout le détournement publicitaire).
  4. La force des déclarations d’Obama: elles proviennent d’un dirigeant informé qui baigne dans le monde des TICE. Il ne s’agit nullement d’un déficit de compréhension (Obama est à Internet ce que Kennedy a été à la télé). Au contraire, c’est parce qu’il comprend exactement ce qui se joue qu’il parle ainsi.
  5. Il est impossible qu’un dirigeant politique français adopte ce discours. La plupart ne connaissent rien au TICE et vont s’abstenir de toute déclaration trop précise; les plus évolués sont encore tout fascinés par la vision de leur doigt qui glisse si gracieusement sur l’écran glacé de leur Iphone. Avoir un blog, un iPhone ou tout simplement avoir engagé de larges dépenses dans le domaine permet encore aujourd’hui à tout homme politique français d’être reconnu comme « expert » ou « visionnaire ».

Une vision politique des technologies

Quelles en sont les conséquences pour l’éducation ?

La politique éducative en matière de technologie numérique, au sens noble du terme, doit avoir pour but unique de réduire le décalage que j’évoquais plus haut entre « la promesse » et l’utilisation réelle, moyenne, statistique, des technologies numériques (aujourd’hui, une vraie catastrophe).

Il faut autant que possible éviter la distraction, le détournement que mon ami Barack et moi dénonçons. Restreindre la présence publicitaire et le côté purement ludique (je ne parle pas des jeux éducatifs de type « serious games », je parle de « l’entertainment », terme exact employé par Obama).

Cela pourrait aller jusqu’à interdire Google dans les écoles, tant que des versions non publicitaires ne sont pas mises à disposition des élèves, ou autoriser des Kindle (qui servent uniquement à la lecture) plutôt que des IPads (qui servent à jouer) à l’école. D’une façon générale, les applications « gratuites » dont le revenu est basé sur la publicité devraient sans doute être bannies de l’école.

(On peut critiquer la position de la Chine, qui bannit Google au prétexte qu’il ne respecte pas la censure politique. Mais cela prouve qu’au moins la Chine a une vision politique cohérente du numérique et de ce qui s’y joue. Cette vision est inexistante en France).

Le discours d’Obama (à partir de 7mn 52 s):

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Comment Google contribue au rétrécissement du savoir

Logo LibéMerci à Eric Aeschimann d’avoir publié dans Libé ma tribune sur Internet et le rétrécissement du savoir (texte intégral ci-dessous).

Rebonds

(Suite…)

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