Qu’a-t-il manqué au Grenelle de l’environnement ? Un zeste de Capital Altruiste

La mort du Grenelle

Il y a 18 mois, il y avait un consensus général autour du Grenelle de l’environnement. Ce consensus était démocratique. Il était démocratique ! C’était un engagement, peut-être même une conviction, du candidat Sarkozy – qui en l’occurrence ratissait bien au-delà de son propre camp.

Investir pour la création d’une industrie verte est évidemment la voie à suivre, pour la France en tant que puissance économique, pour l’être humain en tant qu’espèce. Il n’y a aucun secteur ou l’investissement lié au grand emprunt ne peut être plus rentable pour l’avenir.

De tout ça, il ne reste rien, ou presque 18 mois plus tard. Que s’est-il passé ?

Le Grenelle attaquait directement les intérêts à court terme de certains secteurs (chimie, nucléaire, transport…).

Le rôle du lobbying

Des entreprises se sont organisées en lobbies, avec des moyens importants et ont fait la promotion de leurs intérêts tous azimuts. On a attaqué le Grenelle au nom de la sauvegarde des emplois, de l’intérêt du consommateur, de la rationalité économique, etc…

Le pouvoir politique, et en particulier le pouvoir législatif –députés et sénateurs – a reculé.

On peut dénoncer le cynisme des entreprises, le côté velléitaire des élus, mais le lobbying est une pratique légale. Qu’auriez-vous fait si vous étiez à la tête d’une grande entreprise de chimie ? Ou si vous aviez une entreprise de chimie installée dans votre circonscription, qui emploie vos électeurs, finance votre campagne, etc. ? Très probablement la même chose.

Lobbying et démocratie

Non seulement le lobbying est une pratique légale, mais il est aussi indissociable des démocraties modernes. Si on ne donne pas des voies d’influence officielles au pouvoir économique, il cherche des voies occultes, beaucoup plus nuisibles à la démocratie et à la liberté. Lobbying n’est pas corruption (sinon parfois corruption intellectuelle).

Imaginez un pays où la presse serait libre, mais où il faudrait investir 100 millions d’euros pour créer un journal. La presse jouerait-t-elle son rôle démocratique ? Bien sûr que non ! Faudrait-il la supprimer pour autant ? Non plus, car le remède serait pire que le mal. L’équilibre démocratique serait rétabli dès lors que des groupements de citoyens partisans peuvent facilement se créer pour rassembler ces sommes.

(L’équilibre démocratique : la confrontation des opinions partisanes. Le déficit démocratique actuel : la prise de contrôle totale du champ du lobbying par un seule cause : celle du pouvoir économique.)

Ce qui est réellement inadmissible, ce n’est donc pas le lobbying lui-même, mais l’absence de « contre lobbying ». Ce que les entreprises ont fait (et elles étaient en droit de tenter de protéger leurs intérêts), les ONG qui sont « en face » ne peuvent pas le faire par manque de moyens économiques. L’Economique dispose d’un moyen d’influence extrêmement puissant, que l’Intérêt Général n’a pas (2).

Temps médiatique et temps législatif

Les ONG présentes au Grenelle peuvent bien, durant quelques semaines, être présentes au Grenelle ou peser le temps d’une élection, d’une émission de télé – ce que j’appelle le temps médiatique. Seuls les intérêts économiques peuvent aujourd’hui peser efficacement sur la procédure législative elle-même. Cette procédure est par nature longue (plusieurs années) et l’influencer est un processus coûteux (cela veut dire effectuer un travail de fond auprès de quelques centaines d’élus et de fonctionnaires).

Il s’est passé exactement la même chose aux USA pour la réforme de la santé (j’en ai parlé dans un précédent billet) et tout ça se répète pour la réforme financière. Les réformes à faire sont évidentes mais les décisions finales sont largement vidées de leur contenu sous l’influence du lobbying – et surtout, en l’absence de « contre lobbying » efficace, car actuellement le lobbying n’est accessible, pour des raisons de coût, qu’aux entreprises (1).

Comment le Capital Altruiste peut-il corriger cette situation ?

Si un grand nombre d’entreprises adoptent le Capital altruiste, s’il devient un vrai courant économique, alors les moyens des ONG seront automatiquement indexés sur la valeur du capital des entreprises. Ce qui veut dire que le « contre lobbying » devient une dépense accessible aux organisations d’intérêt général.

On résout le déficit démocratique non pas en restreignant le lobbying, mais en l’ouvrant à tous.

ONG, associations: vous pèserez sur le cours du monde en utilisant la même tactique que les entreprises, non pas en essayant d’interdire aux entreprises de les mener.

 

 

 

 

(1) On parle de dépenses de quelques millions de dollars aux USA dans le cas de la réforme de la santé (aux USA, les données sont publiques). En France, quelques centaines de milliers d’euros auraient inversé le cours législatif. Aucune association ou ONG française ne peut aujourd’hui consacrer de telles sommes pour ce type de dépenses.

(2) Sur l’augmentation des dépenses de lobbying aux USA et le contrôle ainsi exercé par les entreprises sur le Législatif, voir aussi l’excellent livre “de l’intérieur du sérail” de Bob Reich: Supercapitalisme.

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Etude de cas : Speechi et le Capital altruiste dans chefdentreprise.com.

Chef d'entreprise.com

Nous faisons partie des “trois PME qui voient l’avenir en durable[pdf] dont les cas ont été décortiqués par Céline Tridon dans chefdentreprise.com.

C’est une très bonne introduction aux principes du Capital Altruiste.

Cet article me permet aussi de répondre à la question posée par Patrick Widloecher, directeur du développement durable de La Poste : « En prenant part au capital, l’ONG ne risque-t-elle pas de peser dans les choix stratégiques de l’entreprise ? ».

Réponse : non, car les statuts altruistes permettent de contrôler finement la gouvernance de l’entreprise, tout en assurant que la valeur financière créée par l’entreprise est totalement transférée à l’ONG, pour qu’elle puisse mener ses programmes.

En tant que chef d’entreprise, j’ai fait très attention à ce point: si la gouvernance de l’entreprise est modifiée, si des intérêts non économiques influent sur la politique de l’entreprise, on affaiblit potentiellement l’entreprise et donc on diminue la valeur créée pour l’ONG.

Pour survivre, les entreprises altruistes doivent être aussi performantes que les autres – ou plus performantes.

Le but du Capital altruiste n’est pas d’influer sur la gouvernance de l’entreprise, auquel cas il ne serait qu’un mouvement politiquement correct et économiquement inefficace de plus (voir ici quelques considérations fondatrices).

C’est déjà beaucoup de renverser la logique actuelle et de faire que l’ONG ne soit plus dépendante de l’entreprise, comme c’est le cas dans toutes les formules actuelles de mécénat, où les budgets sont reconduits annuellement (voir le cas de la fondation Nicolas Hulot).

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European Business Award: Speechi fait partie des 25 entreprises françaises nominées

European Business Award LogoLe “European Business Awards” est un des prix européens les plus importants dans le monde des affaires.

25 entreprises (parmi plusieurs centaines) sont sélectionnées pour chaque pays membre.

Speechi représentera la France dans la catégorie Développement Durable. Nous concourons avec le Capital Altruiste pour le “ruban d’honneur” final.

J’en suis extrêmement fier et très franchement, même si nous sommes la plus petite des entreprises sélectionnées (1), je trouve cette sélection méritée car le Capital Altruiste peut réellement changer le monde dans lequel nous vivons.

(1) parmi les autres nominés: Auchan, Airbus, CNP…

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Le Capital Altruiste dans la Voix du Nord

Voix du Nord
Il paraît que j’ai inventé le Capital Altruiste par le Gorille !

Quoi qu’il en soit, merci à Yannick Boucher avec qui j’ai échangé pendant plus de 2h sur le sujet.

La phrase la plus importante est la légende de la photo : «Donner en actions est bien plus efficace que donner en argent.»

Ceux qui ne connaissent pas encore le Capital Altruiste peuvent comprendre pourquoi ici.

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Le Capital Altruiste, Kundera, la poire, le merle et les gorilles.

Gorille mangeant un fruit(Suite à une discussion animée ce week-end avec Raoul, qui m’a reproché d’avoir donné une partie du Capital de Speechi à une organisation qui ne protège “que” des gorilles, alors qu’il existerait des millions de sujets plus “sérieux”).

Il y a un roman de Kundera, "Le livre du Rire et de l’Oubli" où la mère du héros, au moment de l’invasion de Prague par les chars russes s’inquiète parce que, du fait de l’invasion, plus personne n’est disponible pour cueillir les poires du jardin.

Evidemment, aux yeux de tous, la cueillette des poires du jardin paraît une activité bien futile au regard de l’Histoire en marche. Pourtant, le héros, Karel, quelque temps après, sympathise avec le point de vue sa mère et adhère même à son point de vue: la poire est éternelle et le tank est périssable. Ce que le héros veut dire, je pense, c’est que si un jour la poire ne revenait plus, les effets seraient infiniment plus dévastateurs que la présence ou que l’absence des tanks soviétiques.

Kundera prend aussi l’exemple du merle, qui a abandonné son habitat forestier pour suivre l’homme dans les villes. L’évolution des habitudes du merle est plus importante que l’Histoire.


“Au regard de la planète, cette invasion du merle dans le monde de l’homme est incontestablement plus importante que l’invasion de l’Amérique du Sud par les espagnols ou que le retour des Juifs en Palestine. Que la Bohême soit habitée par les Celtes ou les Slaves, la Terre s’en moque. Mais que le merle ait trahi la nature pour suivre l’homme dans son univers artificiel et contre nature, voilà qui change quelque chose pour l’organisation de la planète.”

(Pourtant, personne n’ose interpréter les deux derniers siècles comme l’histoire de l’invasion des villes de l’homme par le merle).

 

L’histoire du temps présent, c’est que de plus en plus de personnes sont en train d’adopter le point de vue de la mère du héros de Kundera parce qu’au fur et à mesure que l’éternel retour de la poire se fait de plus en plus douteux, ces sujets dit "futiles" passent au premier plan. Il y a encore 20 ans, seuls les doux dingues, les écolos et quelques gauchistes faisaient passer ces considérations "écologiques" au premier plan. Et encore n’avaient-ils le plus souvent que des justifications très affectives ou personnelles comme la mère de Karel.

Mais maintenant que la survie de la planète, des espèces et de l’homme est devenue douteuse, tous les critères "classiques" au sens historique du terme (c’est à dire qui mettent l’homme au centre) sont devenus obsolètes et ceux qui ne le comprennent pas (ou qui ne l’interprètent que comme un mouvement d’opinion dont il faut tirer parti comme le font la plupart de nos politiques) vivent dans le passé.

Et je vous cite à nouveau Romain Gary (dans L’Affaire Homme, c’est bien de ça qu’on parle), parce qu’on ne saurait mieux dire :

"Il est absurde d’encombrer nos musées d’oeuvres d’art et de dépenser par millions pour la beauté, puis de la laisser détruire gratuitement, dans toute sa splendeur vivante."

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Le Capital Altruiste dans Environnement Magazine

EnvironnementMagazine

Merci beaucoup à Jean-Philippe Bondy, qui a subi mon bavardage intempestif pendant plus d’une heure et qui en a tiré cette excellente synthèse.

Je rappelle à tous les entrepreneurs, concurrents, partenaires… qui lisent ce blog que le but du Capital Altruiste est d’essaimer, de constituer un courant d’entreprises qui adopteront cette formule pour que les causes d’intérêt général deviennent un acteur économique. (Au-delà du droit d’ingérence, la capacité d’ingérence).

N’hésitez pas à me contacter si la formule vous intéresse.

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