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L’Echange


Sous l’impulsion de leurs enseignants, les élèves de l’école de Bachy (primaire et maternelle) ont rassemblé quelque 10 kg de matériel scolaire avant le voyage, principalement crayons et cahiers. Ce matériel a été remis à une école primaire située à proximité de la zone de conservation des gorilles, dans une ambiance digne d’une finale de Coupe de France de foot !

Je vous mets juste en ligne quelques photos sans trop de commentaires, tellement les photos parlent d’elles-mêmes ainsi que le témoignage d’Anna K. , 7 ans, qui tient à rester incognito.

Muraho,

Je vous écris du parc national de l’Akagera, à l’est du pays, près de la Tanzanie.
Nous avons distribué les crayons dans une école près du parc national des volcans, au nord du pays.
Les enfants étaient contents, ils avaient environ 7 ans -7 ans et demi et apprenaient l’anglais, tous leurs cours étaient en anglais.
Ils apprendront le français dans 2 ans.

Ils étaient très curieux de voir les photos et de nous voir.
Ils portaient un uniforme, les filles le haut bleu clair et une jupe bleu foncée, les garçons portaient un uniforme beige.
Ils étaient environ 50 élèves dans la classe.

Quand nous sommes arrivés, ils ont chanté une chanson en anglais en tapant dans les mains.
Ils ont école soit le matin soit l’après-midi.
Ils ne mangent pas à la cantine et repartent de l’école tous seuls.

Dans la classe, il y a 2 tableaux noirs, pas verts comme celui de notre classe et pas de décoration. (note de l’auteur: et ce ne sont pas non plus des tableaux blancs interactifs, pour la bonne et simple raison que les classes sont sans électricité !)

Ils avaient comme affaires un cahier et un crayon.
Au Rwanda, les animaux sont protégés, il y a une prison pour ceux qui tuent les animaux.
Aujourd’hui, nous avons pique-niqué à la « plage des hippos » en face des hippopotames qui se baignaient.
J’ai vu des élans du cap, des cobes, j’aimerais bien voir des éléphants.

Mwiliwe

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Le Sabinyo Silverback Lodge : Un modèle d’économie solidaire, utile et rentable

Dans le parc des volcans se trouve un hôtel de grand luxe, le Sabinyo Silverback Lodge où vous pourrez, parfois, croiser Bill Gates. Si celui-ci vous ennuie et que vous êtes chanceux, vous pourrez aussi discuter de temps en temps avec l’auteur de ce billet. Le Sabinyo est le seul hôtel autorisé à l’intérieur du parc.

Le modèle économique de ce lodge est remarquable. La gestion de l’hôtel a été confiée à une société privée qui gère de multiples hôtels de luxe en Afrique. 7% du chiffre d’affaires de l’hôtel retourne vers les villages situés en bordure du parc, ainsi que 40 Euros par personne hébergée et par nuit. En gros, cela signifie que 50% de la marge brute de l’hôtel retourne vers la collectivité, sans parler des 100 personnes qu’emploie l’hôtel.

Aujourd’hui, quand on extrait du pétrole au Moyen-Orient ou en Afrique, le taux de retour est de 7% environ.

Ce taux caractérise  une relation économique au pays producteur de type colonial. La seule chose qui a changé depuis le bon temps de la colonisation, c’est qu’on a remplacé la contrainte armée par la corruption, la loi du marché ou tout autre alibi pratique – mais les peuples restent évidemment exploités. A titre de comparaison, le taux de retour obtenu par la Norvège pour l’exploitation de son pétrole est de 70% environ.

Le  taux de retour vers les communautés environnantes de 50% obtenu grâce au travail du PICG est donc tout à fait remarquable, et comparable en tous points à la performance de la Norvège car il n’y a pas, dans le cas de l’hôtel, simple exploitation d’une ressource naturelle mais création ex-nihilo d’une activité de service ce qui est plus complexe – et ne consomme évidemment aucune ressource naturelle.

C’est un exemple presqu’unique, à ma connaissance, d’économie solidaire, profitable et durable dans le domaine du tourisme.

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Voyage chez notre actionnaire au Rwanda

Speechi protège les gorilles avec son actionnaire: l'IGCPSpeechi a adopté en novembre 2009 des statuts de type « Capital Altruiste », ce qui veut dire, concrètement qu’une partie de notre capital – 10% dans notre cas – est détenu par une organisation d’intérêt général.

Nous avons choisi le Programme International de Conservation des Gorilles, ONG rwandaise qui lutte pour la préservation des derniers gorilles des montagnes dans les volcans des massifs du Virunga.

Je suis au Rwanda  cette semaine – c’est ma première visite en Afrique Centrale, avec quatre objectifs :

  1. Mieux comprendre le travail du PICG et développer encore plus, si possible, les liens entre le PICG et Speechi,
  2. Etudier un projet important du PICG que nous allons chercher à financer grâce au levier financier offert par le Capital Altruiste,
  3. Transmettre à une école rwandaise située à proximité de la zone de conservation le don en matériel fait par les élèves de l’école primaire de Bachy, dans le Nord et créer des liens entre ces écoles,
  4. Prendre quelques vacances (bien méritées).

On a connu des visites chez l’actionnaire moins agréables.

Si le point n°4 me laisse un peu de temps libre, j’essaierai de relater assez régulièrement mon voyage dans ce blog et aussi sur un micro-blog, qui sera alimenté en partie par les élèves de l’école de Bachy.

A  ceux que ma prose ennuie, je garantis au moins quelques photos assez exceptionnelles.

A bientôt,

Thierry

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Le Capital Altruiste, la meilleure idée pour réinventer l’entreprise.

L’Entreprise du mois de Mai a sélectionné « 30 idées simples pour réinventer l’entreprise » et nous a classé en premier. Merci infiniment à Philippe pour son article, ci-dessous.

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Le Capital Altruiste et Speechi

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De Google (« Don’t be evil ») au Capital Altruiste (« Be good ! »)

On n’insiste pas assez sur la double négation présente dans le slogan de Google “Don’t be evil”.

Pourtant, cette double négation contient une bonne partie de l’histoire de l’humanité, passée et à venir.

Les fondateurs de Google n’ont pas voulu afficher une volonté positive de faire le bien ou le bonheur, car ils craignaient pour eux-mêmes les excès liés aux initiatives qui, à travers les âges, de l’inquisition au communisme, tentent de façon positive de faire le bien, y compris contre la volonté des gens.

Cette précaution est typiquement américaine. La constitution américaine introduit elle-même la notion de droit individuel au bonheur comme une protection face au totalitarisme. Ce que dit donc déjà la constitution américaine c’est: « Nous ne pouvons que vous donner la possibilité matérielle d’être heureux, car c’est au fond la seule façon de vous permettre, peut-être, de le devenir. Si nous vous indiquions comment être heureux, atteindre le ciel, etc…, notre histoire nous enseigne que les effets seraient pires que le mal. »

En affichant une volonté de ne pas faire le mal, plutôt que de simplement faire le bien, Les fondateurs de Google ont visiblement aussi voulu éviter la bonne conscience qui est le “bénéfice secondaire” de l’action humanitaire et sont donc non seulement les dignes descendants du MayFlower, mais aussi de Freud, du Vietnam et de la décolonisation.

Il est tout à fait remarquable que l’entreprise la plus extraordinaire des dix dernières années, dans un pays tel que les Etats-Unis où les valeurs positives sont souvent encensées au-delà du bon sens, ait adopté un slogan correspondant à une vision du monde aussi noire et surtout honteuse.

Même si l’air du temps, nous ramenant toujours sur les excès passés (colonisation, esclavage…), contribue à retarder les actions de nature positive, nous vivons une époque terminale, en termes de croissance économique, de croissance de la population et d’empreinte écologique.

Nous avons besoin de plus d’ambition que Google – ou que la constitution américaine. Le « laisser faire » n’est plus suffisant. Il va falloir agir de façon positive et tenter de faire le bien, à tout le moins de faire mieux.

Il nous faudra en même temps éviter la bonne conscience – il n’y a d’ailleurs aucune bonne conscience à avoir car ce que nous faisons aujourd’hui, qui est parfois qualifié d’utopie, nous le faisons en fait pour notre survie même. Il faudra éviter aussi les déviations de nature totalitaire, ce danger génétiquement lié à toutes les initiatives qui se croient « bonnes ».

Cette réflexion a été à la base de la création du Capital Altruiste. Le Capital Altruiste a pour but d’utiliser l’entreprise de façon positive, de façon à ce qu’elle puisse améliorer l’état du monde par l’intermédiaire d’une organisation d’intérêt général qui en est l’actionnaire et en utilise une partie des moyens économiques. Il donne un cadre d’action volontariste et positif, sans toucher aux acquis démocratiques ni aux libertés fondamentales.

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Le Capital Altruiste : la seule méthode permettant de généraliser l’entreprenariat social

Dans le Figaro du jour, un article sur les déboires actuels de la micro-finance.

Le micro-crédit, idée merveilleuse inventée par Mohammed Yunnus dans les années 80, est en grand danger. Victime, en fait, de son succès même.

Des entreprises privées récupèrent le concept et le transforment en une sorte de « credit revolving » à l’ancienne. La solidarité est remplacée par un simple discours marketing, qui utilise et récupère l’image du micro-crédit.

Mohammed Yunnus est lui-même expulsé de l’institution qu’il a créée, la Grameen Bank. Au-delà des conflits politiques et de personnes, cela signifie très probablement que la mission de la Grameen Bank est en grand danger.

Le drame et l’ambigüité du micro-crédit, c’est celui de tout l’entreprenariat social aujourd’hui. L’entreprenariat social se définit par « la mise en œuvre d’une idée à la fois utile et rentable ».

Le problème, c’est qu’à partir du moment où une idée est rentable, à partir du moment où elle a un potentiel économique fort – c’est le cas du micro-crédit – vous trouverez toujours des acteurs économiques qui, un jour, chercheront à rendre l’idée plus rentable – au détriment de son utilité sociale. Constitués en entreprises, ces « récupérateurs économiques » ont accès à des moyens que n’ont pas les entrepreneurs sociaux : ils peuvent être fortement capitalisés, dépenser sans compter au niveau du marketing et ils font fi de la barrière morale que s’imposent les acteurs associatifs.

La conséquence, ce qu’on vit aujourd’hui dans le domaine du micro-crédit, c’est que ces « récupérateurs » sont automatiquement, par construction, plus rentables et ainsi éliminent ou élimineront, dans une économie libérale et capitaliste telle que la notre, les autres acteurs.

Une économie créée pour son utilité est remplacée par une économie développée pour sa rentabilité. Ce qui reste ? Un discours identique repris par le marketing. La communication n’a pas changé, mais la sincérité a disparu.

Le micro-crédit met juste en évidence cette loi économique générale en économie de marché : tout secteur social (entendu comme à la fois utile et rentable) tend à devenir uniquement rentable.

Autre façon de dire les choses : En économie de marché, l’entreprenariat social tend à disparaître et à être remplacé par l’entreprenariat tout court. Seules les entreprises constituées en Capital Altruiste, comme Speechi, échappent à cette loi.

Cette loi peut paraître surprenante à un moment où l’entreprenariat social n’a jamais été autant plébiscité, ni aussi dynamique. Je voudrais répondre par avance aux trois objections qu’on va naturellement m’opposer.

1) Il n’y a jamais eu autant d’entreprises sociales

Je le constate moi-même à travers mes interventions dans un grand nombre d’universités et de grandes écoles : il y a un grand nombre de vocations d’entrepreneurs sociaux et il faut s’en réjouir.

Mais il ne faut pas confondre le nombre de vocations avec la viabilité économique du secteur. Cet état de fait n’est pas contradictoire avec la loi exprimée plus haut, loi à laquelle les entreprises qui résultent de ces vocations n’échapperont statistiquement pas. Ce n’est pas parce que vous plantez des tonnes de gazon dans de mauvaises herbes que le gazon va l’emporter.

2) Le cas de l’entreprenariat social non rentable

Il existe aussi un grand nombre d’initiatives qui, bien qu’insérées dans le monde économique, au sens où leur production est vendue sur le marché, ne sont pas économiquement rentables. Leur mise en œuvre dépend principalement des subventions, des dons ou du bénévolat.

Ce sont de vraies entreprises, qui se battent pour être compétitives car elles sont en concurrence avec des entreprises privées mais il vaut mieux parler de secteur « semi-associatif » et non pas d’entreprenariat social.

Paradoxalement, l’absence de rentabilité protège économiquement ce secteur puisqu’aucun entrepreneur privé ne peut avoir envie de copier un modèle non rentable. Les entreprises sociales non rentables ne sont donc pas concernées par cette loi.


3) Pourquoi les entreprises sociales constituées en Capital Altruiste échappent-elles à cette loi ?

Parce que les statuts altruistes ne rendent pas une entreprise moins efficace – et présentent de nombreux autres avantages, les entreprises altruistes, quel que soit leur domaine d’activité, ne sont pas condamnées d’avance et ont la même chance de se développer que les entreprises privées.

J’ai déjà beaucoup écrit sur ce point, mais j’y reviendrai dans un très prochain billet.

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