Par Thierry, Mercredi, 04 janvier, 2012
Catégories :
Opinions personnelles,
Politique,
Technologie Aucun tag pour cet article.
Alors qu’il y a aujourd’hui un consensus général pour tenter de mettre la France sur le chemin du numérique, il n’y a pas plus significatif des difficultés des grandes écoles d’ingénieurs à franchir le pas du numérique que leur nom.
Passe encore pour “Polytechnique”, qui fait référence à une tradition scientifique généraliste (dont l’informatique reste malheureusement quasiment absente) ou pour “Normale Sup”, dont le nom fait référence à une tradition historique.
Mais que dire des ridicules “Ecole des Mines” ou des “Ecole des Ponts”, écoles généralistes par tradition qui font référence à des technologies du XIXè siècle dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles ne sont pas porteuses d’avenir, les mines ayant, je vous le rappelle, presque totalement disparu en France ?
En toute logique, ces écoles – au moins l’une d’entre elles – auraient, depuis longtemps, du être renommées quelque chose comme “Ecole du Génie Logiciel” ou “Ecole des technologies numériques” ou encore “Ecoles des réseaux”. Du moins, cela aurait été un signe “fort” et “puissant” de les appeler ainsi, comme disent nos politiques.
Même chose pour l’école Centrale (“Des Arts et Manufactures”, on croit rêver !) qui gagnerait certainement à être renommée “Ecole des Périphériques”, ce qui choquerait certainement les sensibilités de certains de mes camarades.
Même l’Ecole Nationale des Telecoms (“Sup Telecom”), censée être par nature proche des technologies numériques, n’a pas daigné intégrer le mot “Réseau” à son nom. Et pourtant, c’est bien au programme.
Vous pensez que tout ceci n’a pas d’importance ? Vous vous trompez, car malheureusement, les mots ont bien un sens. La réalité est que les matières numériques ne sont pas enseignées aux meilleurs scientifiques au niveau où elles devraient l’être, que le retard avec les pays anglo-saxons est immense et que la situation dure depuis 30 ans – j’en sais quelque chose pour être un diplômé des deux systèmes.
Ce décalage, qui a des conséquences immenses sur la compétitivité du pays est rarement évoqué. Pourtant, il est, à lui seul, responsable d’une bonne partie du déficit du commerce extérieur. Il y a des millions d’emplois à créer dans le numérique, et une bonne partie sont des emplois qui permettent d’exporter.
[A l'inverse, les écoles de commerce se précipitent dans une course au nouveau nom et au nouveau logo, cette course étant tout aussi ridicule, mais moins grave dans ses effets. Voir par exemple les nouvelles appellations "Audencia" (Sup de Co Nantes), "Skema" (Sup de Co Lille), dont le principal mérite sera sans doute d'avoir bien gavé quelques agences de com.
D'un côté, la tradition immobilise tout. De l'autre côté, l'absence de respect pour le fond permet tout.]